Approche médicale

Imaginez la complexité de la tâche lorsqu'il s'agit de trouver un traitement médical pour une maladie invisible, qui atteint chaque individu de façon différente et à des degrés différents comme la fibromyalgie. Cela peut s'avérer long et ardu. C'est cette aventure qui vous attend, vous et votre médecin. Parfois vous aurez l'impression que celui-ci erre, ne sait plus où donner de la tête ou qu'il se borne à essayer divers médicaments en les rejetant les uns après les autres. Ne soyez pas surpris ou découragé car, actuellement, il n'existe aucun médicament efficace pour soigner la fibromyalgie. L'approche médicale se limite à en soulager les symptômes, souvent trop nombreux.

Les médicaments les plus utilisés serviront à diminuer les douleurs musculaires et la fatigue et à améliorer les troubles du sommeil. Ce qui est efficace pour une personne peut s'avérer inutile voire nocif pour une autre. Aussi, il y a autant de traitements possibles qu'il y a de personnes atteintes. Il est impossible de généraliser l'usage d'un seul médicament. De plus, comme les fibromyalgiques présentent souvent une sensibilité accrue aux médicaments, votre médecin devra faire preuve de vigilance quant aux dosages de ceux-ci.

Sachez qu'une approche multidisciplinaire est essentielle. L'Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé (ACMTS) conseille une combinaison d'analgésiques, d'éducation sur la fibromyalgie, d'exercices physiques et d'évaluation et de traitement des troubles du sommeil et de l'humeur.¹

Les informations qui suivent ne représentent pas un guide d'automédication et la supervision médicale est essentielle. De plus l'Association ne privilégie pas un médicament plus qu'un autre; cette liste se veut un bref résumé de ce qui existe en pharmacologie pour soigner les symptômes de la fibromyalgie. Beaucoup de médicaments peuvent provoquer des effets secondaires. Un effet secondaire est une réponse indésirable à un médicament lorsqu'il est pris à des doses thérapeutiques. Il peut être léger ou grave, temporaire ou permanent. Les effets secondaires énumérés ci-après ne sont pas ressentis par toutes les personnes qui prennent ces médicaments. Si les effets secondaires vous inquiètent, discutez des risques et des bienfaits de vos médicaments avec votre médecin. Un grand nombre de ceux-ci peuvent être pris en charge et quelques-uns peuvent disparaître d'eux-mêmes avec le temps.

Classe de médicaments les plus utilisés

Les anticonvulsivants (antiépileptiques)
Tels que : Lyrica® (prégabaline), Neurontin® (gabapentine), Topamax® (topiramate), etc.

Ces médicaments sont utiles dans le traitement de la fibromyalgie grâce à leur effet antalgique sur le système nerveux central (SNC). Leur efficacité est prouvée contre les douleurs chroniques et certains vont même jusqu'à améliorer le sommeil. Toutefois seul le Lyrica® est approuvé par Santé Canada depuis 2009 dans le traitement de la fibromyalgie et ce, à cause de son effet stabilisant sur les neurones nocicepteurs. Un nocicepteur étant une terminaison nerveuse stimulée par la douleur. En gros, ce médicament permet au SNC d'être moins sensible au signal de la douleur. 32 % des utilisateurs répondent bien au Lyrica®, cependant ils n'ont pu maintenir cette réponse à long terme et les effets secondaires seraient croissants et conséquents.

Principaux effets secondaires de ces molécules

Lyrica® (prégabaline)

* maux de dos * constipation * étourdissements * maux de tête
* somnolence * problèmes de concentration * sécheresse de la bouche * infections plus fréquentes
* oedème périphérique * pertes de mémoire * gain de poids * sentiment de bien-être extrême
* etc.

Neurontin® (gabapentine)

* somnolence * vertiges * vision trouble * oedème périphérique
* faiblesse * fatigue * étourdissements * crampes musculaires
* tremblements * troubles de la pensée * dépression * confusion
* agressivité * anorexie * augmentation de l'appétit * etc.

Topamax® (topiramate)

* flou visuel * étourdissements * vertiges * asthénie
* anorexie * perte de poids * nausées * douleurs abdominales
* troubles neuropsychiques divers * engourdissement des extrémités * troubles de l'équilibre * etc.

Les antidépresseurs
Tels que : Élavil® (amitryptilline), Célexa® (citalopram), Effexor® (venlafaxine), Prozac® (fluoxétine), Norpramine®, (désipramine) , Cymbalta® (duloxétine), etc.

Même en l'absence de dépression, ces médicaments, toutefois prescrits à plus faibles dosages, sont largement utilisés par les médecins pour le traitement de la fibromyalgie. Il existe plusieurs types d'antidépresseurs ; les tricycliques (ATC), les IRSS (inhibiteur de la recapture spécifique de la sérotonine) et les IRSN (inhibiteur de la recapture spécifique de la noradrénaline). Tous exercent une action augmentant à leur façon la quantité de neurotransmetteurs. La sérotonine et la noradrénaline sont deux neurotransmetteurs disponibles dans certaines zones du cerveau, ils servent à la transmission de messages entre celui-ci et les différentes parties du corps et le cerveau. Ils seraient associés à l'humeur ainsi qu'à la régulation et à la réduction des sensations de douleur provenant du corps. On remarque qu'un faible taux de sérotonine est associé à des migraines, à des maux digestifs, à de l'anxiété et à la dépression, tous ces symptômes étant présents dans la fibromyalgie. Les antidépresseurs peuvent être prescrits conjointement à d'autres classes de médicaments. Avec les tricycliques, certaines personnes bénéficient à la fois d'un soulagement intéressant et d'une amélioration de la qualité du sommeil.

Élavil® (amitryptilline)

Élavil® est un ATC. Il s'agit du médicament le plus souvent utilisé en début de thérapie. Il a des actions antalgiques. De plus il diminue la fatigue et améliore la qualité du sommeil.Celexa® (citalopram) : un IRSS qui a un effet antalgique sur le SNC. À faible dose, c'est le meilleur traitement à long terme contre les douleurs musculaires de la fibromyalgie. Il augmente aussi la qualité de vie.

Prozac® (fluoxétine)

Le Prozac® est un IRSS connu sous le nom de «pilule du bonheur», il agirait comme le Celexa®.

Norpramine® (désipramine)

Le Norpramine® est aussi un ATC. La désipramine exerce une action qui augmente la quantité de neurotransmetteurs comme la norépinéphrine et la sérotonine disponibles dans certaines zones du cerveau.

Cymbalta® (duloxétine)

Le Cymbalta® est à la fois IRSS et IRSN. Cette nouvelle molécule homologuée uniquement au Canada et aux États-Unis pour le traitement de la fibromyalgie a reçu un accueil défavorable en Europe (où elle est toutefois prescrite dans les cas de neuropathie diabétique) en raison de quatre essais qui n'auraient pas permis d'améliorer l'état des patients souffrants de cette maladie 2. Les bénéfices observés par son usage ne seraient pas supérieurs aux risques qu'il comporte.


Effets indésirables des antidépresseurs en général

* somnolence * fatigue * étourdissements * hypertension artérielle
* tremblements * palpitations * vertiges * constipation/diarrhée
* gain ou perte de poids * anxiété * nausées et vomissements * diminution de la libido
* paresthésie * hypotension orthostatique * maux de tête * sécheresse des muqueuses
* cauchemars * troubles du sommeil * etc.

Les relaxants musculaires
Tels que : Flexeril® (cyclobenzaprine), Norflex® (orphénadrine), Robaxacet® (methocarbamol), etc.

Ces médicaments sont efficaces pour diminuer la douleur reliée aux spasmes musculaires de l'appareil locomoteur. Le seul prescrit pour le traitement de la fibromyalgie est le Flexeril®, qui aurait une action comparable à l'Élavil®.

Effets indésirables de ces molécules

Ils sont nombreux. On note surtout de la somnolence, de la sécheresse de la bouche, des étourdissements et de la constipation. D'autres sont plus sérieux tel que la tachycardie, la faiblesse, des douleurs gastriques, une vision floue, de l'insomnie et une altération des perceptions sensorielles. De plus, à cause de sa proche parenté avec l'amitriptyline, la cyclobenzaprine pourrait présenter les mêmes effets secondaires que celle-ci, bien que tous ne se soient pas manifestés en pratique.

Les anti-inflammatoires non-stéroïdiens (AINS)
Tels que : Advil®, Motrin® (ibuprofène), Naprosyn® (naproxène)

Ce type d'anti-inflammatoire, bien connu, et largement utilisé comme analgésique pour divers problèmes peut s'avérer parfois utile pour diminuer les douleurs et raideurs musculaires observées chez les fibromyalgiques. Son efficacité variant d'une personne à l'autre sera plus significative si la personne souffre aussi d'une maladie inflammatoire telle que la polyarthrite rhumatoïde. Ces médicaments sont toutefois peu recommandés pour la fibromyalgie simple, puisqu'on n'observe pas de processus inflammatoire dans ce syndrome. Les effets secondaires à long terme sont sérieux, aussi faut-il être vigilant lorsqu'on en fait usage.

Effets indésirables de ces molécules

Ces molécules étant très irritantes, c'est surtout au niveau digestif qu'on retrouve les effets secondaires : douleurs et saignements gastriques, gastrite, ulcères d'estomac. Il peut aussi y avoir : stomatite (inflammation de la muqueuse buccale et des gencives), maux de tête, bourdonnements d'oreilles, somnolence et confusion. En cas de réaction allergique on notera une éruption cutanée. Des dommages aux reins et de l'hypertension sont des effets reconnus lors d'un usage à long terme.

Les antalgiques (analgésiques, antidouleurs)
Tels que : Tylénol® (acétaminophène, paracétamol), etc.

Lorsqu'il est utilisé à la posologie recommandée, cet analgésique/antipyrétique a l'avantage d'avoir peu de contre-indications, de pouvoir être prescrit à tout âge et d'être dénué d'effets indésirables sérieux. Il est habituellement très bien toléré lorsqu'il est pris à des doses thérapeutiques. Toutefois sont efficacité est plutôt limitée pour le soulagement des douleurs ressenties par les personnes atteintes de fibromyalgie.


Effets indésirables de ces molécules

* fatigue ou faiblesse inaccoutumée * hypotension
* douleur dans le bas du dos ou sur le côté (grave ou intense) * lésions, ulcères ou taches blanches sur les lèvres et dans la bouche
* éruption cutanée, urticaire ou démangeaisons * asthme
* peau tachetée de minuscules points rouges * choc anaphylactique
* subite diminution du volume urinaire * saignement inaccoutumé ou ecchymoses
* urine sanguine ou trouble * hépatite chronique active
* ulcération rectale * thrombopénie (diminution des plaquettes dans le sang)
* selles noirâtres et goudronneuses * maux de gorge (absents avant traitement ou non provoqués par trouble traité)
* etc.

Les opiacés
Tels que : Ralivia® (tramadol), Zytram® (tramadol), codéine, Empracet®, MSContin®, Dilaudid®, morphine, hydromorphone, hydrocodone, oxymorphone, oxycodone, etc.

En dernier recours, quand anticonvulsivants, antidépresseurs, myorelaxants (relaxants musculaires) et AINS s'avèrent inefficaces, il faudra penser à des antidouleurs plus puissants. Ces antidouleurs qui ont des effets similaires à la morphine sont rarement utilisés en fibromyalgie. Les opiacées (substances dérivées de l'opium) et les opioïdes (opiacés synthétiques) pourront apporter un certain soulagement mais leur usage prolongé est à proscrire en raison du fort risque de dépendance. Seul le tramadol® est parfois prescrit dans certain cas et ce, pour de courtes périodes seulement. Votre médecin devra être vigilant et devra s'assurer que vous ne souffrez d'aucune psychopathologie significative. Un encadrement thérapeutique serré sera essentiel.

Principaux effets indésirables de ces molécules

* nausées et vomissements * somnolence * sécheresse buccale * étourdissements
* démangeaisons * constipation * maux de tête * myosis

et plus rarement

* confusion * hallucinations * délire * urticaire
* modification du rythme cardiaque * hypotension * rétention urinaire * hypothermie
* rigidité musculaire * etc.


Ce qu'il faut retenir

Tant que les chercheurs ne trouveront pas les causes de la fibromyalgie, il sera difficile de formuler un remède universel qui pourra la guérir. C'est à force d'essais/erreurs et avec beaucoup de patience que vous et votre médecin trouverez la combinaison idéale de médicaments, de thérapie et d'activités qui sauront vous apporter une meilleure qualité de vie. Bref, une approche multidisciplinaire semble être la meilleure solution à ce jour.


1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Fibromyalgie#Traitement 
2 Rédaction Prescrire. "Duloxétine: à éviter aussi dans la fibromyalgie" - Rev Prescrire,2008; 28(300): 730

15-06-2017
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